Les hommes bleus du désert chantent le blues

7 novembre 2010
By Catherine

La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien. Charles Baudelaire, Extrait de Le Peintre de la vie moderne

La musique est de ces arts qui nous transporte à travers les temps et qui illustre assez bien,  à mon sens, ces contrastes que l’on s’évertue parfois à penser comme des oppositions entre ancien et moderne… ancien devant être entendu comme traditionnel. Une sorte de mythe conviendrait à admettre que la modernité est comme une frontière temporelle arrêtant la tradition. Mythe ou réalité?

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » – Lavoisier

De nombreux exemples pourraient être cités pour venir au soutien de cette argumentation. Nous pourrions parler des Pow-Wow, rassemblements traditionnels amérindiens à vocation religieuse devenus de véritables évènements festifs et culturels inter-tribaux, souvent vécus comme des moments de retrouvailles entre ceux qui vivent encore dans les réserves et les amérindiens urbains. La musique et la danse étant des moments cathartiques de ces grandes rencontres.

La musique est donc un mode d’expression transgénérationnel pouvant porter un message sur la condition de vie des groupes qui la jouent. Tinariwen est de ceux-là.

Tinariwen

Kedou ag Ossad, exilé en Algérie puis combattant dans les camps d’entraînement libyens, rencontre Ibrahim Abraybone et Intiyeden, c’est à ce moment (1982) que se constitue Taghreft Tinariwen (i.e. la construction des déserts) devenu Tinariwen. Plus qu’un simple groupe, c’est une formation musicale collective venue pour l’essentiel du nord-est du Mali. Les artistes tournent au fur et à mesure des albums contribuant à renouveler l’énergie, apporter leur « note », montrer que la culture Touareg reste bien vivante malgré les contraintes politiques, économiques et les volontés d’assimilation qui ont conduit ces nomades à une rébellion au début des années 90.

Musique collaborative faite de mélanges rock, blues et traditionnelle touareg : L’Assouf (i.e. nostalgie ou solitude), blues touareg, est inventé.

Musique des Ishumars (i.e. chômeurs), elle fait autant référence à ceux se sédentarisant en ville pour y trouver du travail, qu’à ceux toujours nomades subissant exil et exactions meurtrières engagées par les gouvernements malien et nigérien lors de la rébellion touareg des années 90.

Kedou ag Ossad, un des initiateurs de la formation et fervent combattant de la cause Touareg sera plusieurs fois blessé et même laissé pour mort.

800px-Keddhou_metisses_copieCrédit photo : Camille Gros

Après les accords de paix, il participera au premier enregistrement studio du groupe à Abidjan (1992) et à l’album The Radio Tisdas Sessions (2001). Mais ce militant convaincu ne se laisse pas gagner par le chant des sirènes du succès. Lorsque Tinariwen gagne en notoriété internationale, il quitte la formation pour en monter une autre : Terakaft (i.e. caravane) en 2007. La formation a, elle aussi, poursuivi son chemin pour produire en 2009, son dernier album (à ce jour) : Imidiwan : companions.

Et pour finir en musique, retrouvons un extrait de l’album Amassakoul.

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2 Responses to “ Les hommes bleus du désert chantent le blues ”

  1. JN on 8 novembre 2010 at 2:22

    Et il est où celui qui est déguisé en policier? #YMCA :)

    Blague part, je ne connaissais pas et c’est toujours intéressant de découvrir ce genre de pépite.
    La photo de Camille Gros est superbe.

    Merci!

  2. Catherine on 8 novembre 2010 at 2:25

    Comment dire… hm! hm! A part tssssssss ;)
    Cela dit heureusement de contribuer à une découverte parce qu’elle en vaut vraiment la peine!
    Oui la photo est en effet superbe… Il y a une série d’images dans la vidéo qui le sont tout autant!
    Merci!

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